Peintures 

Photos : Stéphane Goalec, Guy Rémiot et Emmanuel Berry.

« L'éveil des lucioles »
par Emmanuël Souchier

Dans l'atelier de Frédéric Couraillon — un grenier haussé aux quatre pans de la charpente —, à l'ombre, posées contre les bois maîtres, trois grandes toiles émergent de la musique... Prokofiev, Mozart, Schumann. Cette musique qui raconte des histoires l'enchante. Sa peinture aussi raconte des histoires, à la manière de Dante ou de Cervantès. Mais pas uniquement. Il y a derrière l'élaboration de ces toiles un univers de rêveries, d'images et de gestes longuement mûris... le Caravage, Nicolas de Staël ou Goya.

 

La première toile évoque le manège où Don Quichotte estoque par folie les marionnettes de Maître Pierre, la deuxième narre l'histoire de l'âne aux lucioles dominant une pittoresque Table ronde, la troisième décrit le cirque tauromachique où le peintre, à la bête aux cornes lié, ruine la mort qui n'a de cesse de nous hanter. De l'imprégnation espagnole retenez l'éclat subtil de la lumière et la chaleur des noirs qui s'unissent dans l'arène. Une curieuse alchimie où les lucioles vespérales s'envolent de la matière minérale. Sur les toiles de Frédéric Couraillon, les étoiles naissent du charbon.


Travaillées dans le grenier de La Ferté, les voilà désormais exposées à la lumière du public. En dressant ses toiles sur la scène du théâtre, Frédéric Couraillon a joué un jeu étrange et inattendu. Il a osé ce que peu avaient osé avant lui : redonner à ses oeuvres la matière musicale qui les a vues naître. Mais il est vrai, rares sont ceux qui furent aussi peintres et musiciens. De coeur et d'âme, sans doute, mais également — au grand talent —, de praticien.

 

Alors, du peu que j'ai à vous confier — au bref qu'il m'est donné —, cela simplement : venez, n'ayez crainte, approchez-vous de la toile. Tendez la main doucement et, d'un geste précis, lovez à votre tour, de la pulpe des doigts, la matière irisée... sentez l'espoir infiniment saillant granulé au travail de ces noirs anthracites, comme autant de soupirs granités. Et sachez érudir sans retour, jusqu'à l'écraser, la matière obscure d'où sourd l'ignominie.

 

Au seuil « de ce siècle vaurien » — comme l'écrivait Cervantès —, oyez la passion subtile du pianiste qui mène l'espoir résistant. Voyez l'éveil des lucioles, il perce l'ombrage des marchands.
 

© 2018, Frédéric Couraillon

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